mercredi 20 février 2019

Nairobi



Ce qui est devenu une énorme cité avec son corollaire de crimes, de trafic, de pollution, de ce temps-là n'était encore qu'une charmante ville qui se réveillait de l'ère du colonialisme et vivait encore à l'heure anglaise.

Au début de mon contrat au Kenya je n'étais qu'un oiseau de passage, je vivais à l'hôtel.  Soit j'ai grandement impressionné l'Agence par mes qualités de travailleur, soit le prix de l'hôtel est devenu prohibitif, je me suis retrouvé peu à peu dans des appartements de passage.


Mon premier hôtel fut le Fairview.  C'était un admirable hôtel qui ressemblait plus à une pension de famille. Il était en dehors des limites de la ville Centrale, sur la colline surplombant Nairobi.
Arrivé au Fairview je me suis dit qu'il était de mon devoir de jouer  au touriste.  J'ai donc pris mon équipement léger qui consiste en:

    un appareil photo avec objectif de 50, un appareil photo avec téléobjectif, le sac de films et de filtres.
·     Le posemètre.
·     un sac avec argent et pièces d'identité.
·     Le chapeau de brousse (pour aller au Centre ville?)
·     Un plan de la ville et une boussole (la famille vit avec des boussoles).

Sur le plan de la ville j'ai cherché le Centre ville.  Ceci n'est pas trop difficile: vous ouvrez le plan en grand sur votre lit, vous tracer une diagonale depuis l'angle supérieur gauche, appelons cette diagonale AB et une diagonale à partir de l'angle inférieur gauche, appelons cette diagonale XY, l'intersection de AB et de XY vous donnera un point que nous pouvons appeler " C " pour Centre ville, le point " C " en l'occasion se révélant être Kenyatta Avenue.  J'aurais pu le deviner sans lire le plan de la ville.  Vous repliez le plan (un test d'intelligence infaillible est de mesurer la différence entre le temps qu'il vous faut pour ouvrir un plan et celui qu'il vous faut pour le replier) ; la technique de la boule de papier n'est pas à mépriser.

J'allais surtout en ville pour m'équiper dans le style recommandé (par qui?)




Ainsi donc, muni de cet équipement  léger,  je trouve un autobus qui dévale la côte du Fairview vers la ville, J'embarque. Le plan à partir de ce moment ne sert strictement plus à rien, essayez donc de trouver la place d'ouvrir un plan dans un autobus de Nairobi.Arrivé au Centre ville je fais appel à tous mes souvenirs, il faut se rappeler que c'est la première fois que j'entre dans Nairobi.

Voyons un grand rond point, une grande avenue, des virages à gauche, des virages à droite, pourquoi est-ce que l'autobus ne va pas tout droit pour arriver dans quelque chose qui pourrait être le Centre ville.  

Bizarrement Kenyatta Avenue a été rebaptisée depuis que j'ai quitté l'hôtel et s'appelle maintenant Duke street.  

Je ne suis pas un touriste à se formaliser pour si peu, je prends mes appareils photos et je me promène dans Duke Street.  

On me regarde d'un air comme si tout n'était pas normal.  Ce n'est que bien plus tard que j'apprendrai que j'étais dans l'allée des voleurs, allée où il était recommandé de mettre deux caleçons puisqu'ils vous volaient jusqu'à votre caleçon.  Tout se passa très bien et j'ai toujours recommandé une visite de Duke Street à tous mes visiteurs.

De toute façon je devais plus tard rendre Kenyatta Avenue mémorable.  Mon patron (bien-aimé) nous ayant acheté une énorme Land Rover bien usée, (l'argument de vente qui l'avait convaincu étant que la Land Rover était la seule voiture ayant 12 ouvre bouteilles, ce qui est vrai), cette Land Rover regrettait d'être équipée d'une batterie.  De nombreux mécaniciens avaient enfoncé des clous, des vis, des clamps pour essayer d'assurer le contact, les résultats étaient optimistes mais pas convaincus.  

Mon énorme Land Rover a donc décidé un jour qu'elle désirait se reposer sur Kenyatta Avenue, ce qui est comme d'avoir une panne de moteur sur le périphérique.  J'avais donc le plaisir d'essayer d'emprunter des allumettes, de dévisser les contacts de batteries avec mon couteau suisse de Hong Kong, de forcer les allumettes dans les contacts, d'acheter des chewing-gum pour avoir des papiers d'aluminium à coincer dans les pâles et comme le voulait la tradition, une demie heure plus tard je repartais au grand soulagement des autres automobilistes et à la grande déception de mon public qui devenait de plus en plus enthousiaste face à ce spectacle gratuit.  

J'aimerais dire que je suis reparti grâce à mes talents supérieurs de mécaniciens, en fait ce fût le système africain, 20 enfants poussant la Land Rover.

Je profite de ce cours d'automobilisme pour vous expliquer que lorsque celui qui vous précède agite la main en cercles par la vitre, ce n'est pas pour saluer un ami sur le trottoir comme en Italie, ce n'est pas un signe politique comme en Algérie, ce n'est pas pour prendre l'air comme en France, c'est pour indiquer qu'il va tourner du côté opposé à l'endroit qu'il signale.  Ceci est une logique anglaise.

Le dimanche soir lorsque je me promenais en ville, revenant à pied à travers Uhuru Avenue (avenue de la Liberté) je traversais le parc où toute la communauté indienne faisait sa promenade du soir, exactement comme en Espagne (les espagnols, pas les indiens), d'ailleurs je n'ai jamais été en Espagne.  Les jeunes filles marchaient par groupe de deux ou trois dans leur magnifique sari qui les rend toutes belles, suivies à 20 mètres par la mamma, une personne imposante par le poids.  Dire que ces frêles jeunes filles deviendront elles aussi dans 10 ans ces impressionnantes matrones. Les jeunes gens eux, pouvaient se promener seuls.  Lorsque je voyais leur grâce et élégance, j'avais l'impression d'être un tas de boue.Si les matrones étaient suffisantes pour éviter les regards trop appuyés, les yeux des frères et cousins vous décourageaient certainement de vous engager dans une croisade pour le rapprochement des peuples.

A mon premier repas au Fairview, un serveur habillé en veste blanche, pantalon noir et pieds nus, m'a donné une longue carte de plats.  J'ai cru qu'il s'agissait d'un menu où il fallait choisir, j'ai donc choisi du poisson et des desserts.  Il a eu l'air surpris, pourquoi?.  Il m'apporte deux petits bouts de poissons, de quoi remplir deux cuillères à soupe! Heureusement que les desserts étaient en buffet, service à volonté.  Le lendemain j'ai compris qu'il ne s'agissait pas d'un menu, mais de la liste du menu complet du repas avec entrées (soupe), entremet poisson, viande avec deux légumes, desserts, et après le dessert les fromages (un morceau), le café. Monsieur est servi dans le salon.  Je ne risquais pas de mourir de faim.

C'est aussi au Fairview que j'ai appris que si on ne donne pas des ordres très strictes, on vous réveille à 6 heures du matin pour le " early morning tea, jambo sir, habari? ". Ce qui est du très mauvais Swahili, mais au moins ça réjouit énormément le serviteur de réveiller ce touriste.  Dire que c'est à cause de cela que je continue, 30 ans après, à jouir de mon " early morning tea ".

Même si Nairobi était encore une petite capitale, nous étions fiers des embouteillages sur Uhuru Avenue le soir à 5 heures, à la sortie des bureaux lorsque le troupeau assoiffé se précipitait des bureaux vers les bières fraîches qui attendaient.  Dans un souçi d'efficacité de rationalisation et d'organisation des transports, des citoyens prêts à se sacrifier quittent les bureaux dès 15 heures (3 p.m.), certains n'y retournent pas après le repas, ce qui allège le traffic et montre une remarquable science du talayroisme et du stakanovisme.

Pour les rendez-vous pas de problèmes : on disait " à 11 heures ", sous entendu au Thorn tree où on pouvait regarder avec mépris les touristes.



Annie et moi avions tout compris de travers à Nairobi.  Un exemple de grande privation c'était de ne pas trouver de film super 8 Perutz et de devoir utiliser de l'Agfa.  Par-dessus je n'ai pas encore compris comment le film était moins cher à Nairobi qu'à Stockholm, et nous ne nous en  étonnions même pas. Nous ne nous sommes jamais posé la question de savoir  ce que nous devrions faire si pour une raison ou une autre il n'y avait plus d'approvisionnements.

Faire son marché à Nairobi était une joie.  Dix ans plus tard faire son marché à Lusaka devenait un cauchemar, et 20 ans plus tard faire son marché à Lubumbashi fut simplifié au maximum par le fait qu'il n'y avait strictement rien à acheter si on n'avait pas de dollars ; et je n'avais pas de dollars.

Le marché couvert, presque au Centre de Nairobi ressemblait à la Gare Saint Lazare moins les trains plus les légumes. Deux étages de légumes, fruits et d'objets artistiques. Une zone de discorde aussi entre jeunes époux.  Mon épouse par jalousie envers le " look " fantastique que cela me donnait prétendant que je n'avais pas besoin d'un cinquième bush hat, moi, plein de bon sens et de compréhension essayant de lui faire comprendre calmement (pourquoi est-ce que tout le monde se retourne et me regarde ?) qu'elle n'a pas vraiment besoin d'un dixième sac à main tressé en corde de sisal même si le dessin est si merveilleusement artistique.  Les connaissances en mathématique et théorie des groupes de mon épouse doivent être bien supérieures aux miennes car le volume des achats dépassant régulièrement le volume des sacs nous nous retrouvions à acheter encore un cabas, justement il y en a un là, avec de merveilleuses   couleurs "terre africaine"…..alors qu'il aurait été si simple et pratique d'acheter un bush hat et de mettre les mandarines dedans, mais que voulez-vous les femmes n'ont pas le sens des économies qui profitent.

Lorsque nous sortons du marché couvert nous portons chacun deux cabas pleins de fruits et légumes (dont un charmant cabas avec un dessin tout à fait original), nous avons des oranges et des mandarines plein les poches et dans la bouche encore une banane, tout cela pour la somme exhorbitante de 20 shillings, soit quelque chose comme 5 minutes de mon salaire ou une grande journée de salaire pour un serviteur, ou 10 fantas à la terrasse du New Stanley.

Dans les cas d'achats importants vous sortez du marché couvert avec une caravane de porteurs qui vous accompagnent jusqu'à votre voiture.  Les problèmes mathématiques réapparaissent car vous êtes convaincu d'avoir pris un porteur au marché, pourtant arrivant à la voiture vous avez 4 porteurs et deux enfants, chacun d'eux clamant fortement et de voix bien audible que lui et lui seul est l'authentique porteur qui doit recevoir le salaire, les autres n'étant que de sales profiteurs.  La situation n'est peut-être pas simplifiée du fait qu'autour de la voiture vous avez deux hommes qui se disent chacun être le gardien officiel.  En tout, autour de la voiture vous avez donc de 4 à 5 adultes ayant une juste revendication à exprimer, quelques enfants essayant de voir si vraiment cette banane est mure, et quelques épouses qui s'étonnent de votre incapacité à résoudre un problème aussi simple.  Ces épouses exprimeront ensuite des remarques encourageantes lorsqu'elles découvrent que les ananas ont été mis au fond des cabas avec tous les autres achats par dessus.  Pourquoi ces commentaires? Le jus d'ananas, c'est très bon! Vous pourriez objecter que les oignons au jus d'ananas, les bananes au jus d'ananas, les coussins de voiture au jus d'ananas c'est beaucoup, peut-être même trop, encore qu'il paraît que l'ananas contient un produit chimique qui est excellent pour quelque chose (pour les coussins de voiture?).


Il se trouve que le restaurant chinois " Chop sticks " est à quelques pas du marché couvert, il semblerait criminel de ne pas passer par là pour reprendre des forces.

Si nous avons résisté à la tentation de tout acheter au marché couvert, nous pouvons passer par Bazaar Street (n'existe plus depuis l'africanisation des commerces), avenue dans laquelle vous trouverez plus d'une vingtaine de boutiques vendant du curry.  Cela me rappelle le jour où, enfant, voyageant avec mes parents en Hollande, papa a voulu acheter un cadeau pour grand-père: nous sommes entrés dans une boutique spécialisée en tabacs et papa a demandé " une boîte de cigares ". Il semblerait que ce n'est pas ainsi que les connaisseurs formulent leur requête.  Pour en revenir à Baazar Street, vous, étranger, vous rentrez dans la boutique et vous demandez du " curry "; ils sont polis, ils ne se moquent pas de vous.  Ayant pitié de votre ignorance, le spécialiste prend dans les 9 pots principaux les ingrédients qui vont faire le curry.  Les 8 premiers pots sont les ingrédients de base, le 9ème est un mélange de 8 épices.  Pour vous il le fait très très " mild ", vous en achetez un paquet grand comme un paquet de gauloises, 2 ans après vous en avez encore tellement c'est fort.  En un sens vous ratez le meilleur car lorsque la cuisinière indienne utilise elle- même ses épices, c'est l'odeur merveilleuse qui vous prépare à un repas inoubliable.  Pour le lecteur non averti, le fait que le curry soit fort n'a rien à faire avec la qualité du curry.  Vous pourriez faire un curry qui soit presque aussi doux que du petit lait et ce serait encore du curry.

La dernière année à Nairobi nous avions fait de grands progrès en Swahili grâce à la criminalité.  Ainsi nous avons pu doubler notre vocabulaire.  En plus de la phrase essentielle indiquant que les hippopotames se rendaient à la rivière, nous avons été forcés d'apprendre " Lala chini " qui était le cri des braqueurs de Banques.  Je crois que la traduction était " couchez vous ". Pourtant on ne peut rien reprocher au Service de Sécurité des Banques, chacune semblait avoir accès à un hospice pour vieillards affaiblis, lesquels dûment munis d'une arme aussi meurtrière qu'un manche de pioche (très pratique pour s'appuyer dessus) et d'un casque de travaux publiques, gardaient la porte de la Banque.  Des britanniques d'une rare méchanceté on trouvé étrange que ces vieillards étaient toujours aux toilettes ou autre part juste au moment où la banque était attaquée.  La méchanceté des gens!

Les banques étaient des banques anglaises au Kenya.  Que Barclays soit quelque part en Angleterre ou au Kenya, c'était le même Barclays, enfin c'était presque le même Barclays.

Derrière les guichets se tenaient les caissiers.  J'allais dire qu'ils trônaient, ce qui est parfaitement juste mais techniquement inexacte pour des gens qui se tiennent debout.


Les caissiers étaient des Sikhs.  Des hommes longs, maigres, turbannés, turbannés en haut pour les cheveux, turbannés en bas pour la barbe, turbannés sur les côtés pour les joues.  La tête est haute, haute, penchée légèrement en arrière (d'où l'expression anglaise " looking down your nose ", méprisants, suprêmement méprisants de tout et de tous.  Ce qui est incompréhensible, c'est que dans les histoires indiennes les Sikhs sont censés tenir le rôle de l'idiot.

Vous arriviez au guichet, donniez votre chèque, le caissier le posait en haut de la cage, cliquait avec son stylo sur la vitre, un coursier noir arrivait (ou n'arrivait pas) qui portait votre chèque à la vérification.  Puis on attend, on attend, on attend.  Le chèque revient, le caissier, si il est dans un bon jour, daigne se retourner et le prendre.

Deux cas possibles, le chèque est accepté parce que le compte (le votre) est approvisionné.  Souvent votre chèque vous est retourné parce que la signature n'est pas valable.  Le vérificateur pose votre signature témoin sur votre signature chèque et à la moindre déviation, le chèque est refusé.  Les vérificateurs n'étaient pas encore assez vicieux pour se douter que le vrai faux chèque était celui où la signature était une copie parfaite de la signature témoin.

Supposons que votre chèque soit reconnu bon, votre caissier Sikh plonge sa main dans la masse des billets, en ramène un tas, aligne les coupures, puis il prend le tas d'une main, fait glisser son pouce sur la tranche les yeux fixés au plafond, et sans rien recompter, vous tend un paquet de billet ; le compte est toujours juste, inutile de recompter.

Puis un jour ce qui était annoncé depuis longtemps est arrivé, les fonctions ont été africanisées.  Nos Sikhs ont disparus du jour au lendemain et été remplacés par de timides jeunes femmes noires. Que le Sikh ait eu une carte d'identité kenyenne ou pas ne change rien à l'affaire.

Un jour il faudra que je vous raconte ce que c'est de vivre lorsque le Gouvernement décide soudainement que les vieux billets ne valent plus rien et qu'ils faut tout changer, de préférence la semaine prochaine, contre les nouveaux billets, qui de toute façon ne sont pas encore imprimés.  Ou encore comment c'était au Shaba où on utilisait les billets de Mobutu, les anciens billets et les dollars et qu'il fallait savoir que 5 millions de Mobutu nouveau c'était la même chose qu'un million de Mobutu anciens.  Ou encore au Kasaï où les billets Mobutu nouveaux n'étant pas acceptés, les billets anciens de ce fait ne l'étaient pas non plus et lorsque la population a commencé à faire tous ses achats en dollars et en diamants, les militaires ont flairé la belle occasion et tout confisqué.  Ou le jour où les militaires zairip ont confisqué les billets de banques parce qu'ils étaient évidemment faux puisque a président portait une cravate, lui qui avait inventé " l'abcosse".

Ceci à quelque peu transformé la procédure de paiement.  Le chèque approuvé arrivant dans les mains de la caissière, celle-ci commençait par le regarder d'un air effaré.  Le client n'ayant pas l'air de disparaître, il fallait bien se mettre à compter les billets.  Elle prenait un paquet de billet d'une main tremblante et commençait à compter, un billet, deux billets, trois billets, quatre billets, pendant ce temps là la queue s'allongeait et les grognements des clients devenaient de plus en plus audibles, tellement que la caissière levait la tête.  Oh malheur ! à combien était-elle?  Alors elle remet les billets en tas et recommence, un billet, deux billets, trois billets.  A la fin du compte de chaque dénomination elle coche sur un formulaire.  On arrive au compte final, le client (moi) se dit, ça y est, je vais recevoir enfin mon argent, c'est alors qu'elle regarde le formulaire et un doute se glisse dans son esprit, les billets de 50 shillings, est-ce que cela pouvait vraiment bien être cela? ; et elle reprend les billets de 50 shillings et recompte, un billet, deux billets, trois billets ....

Quelques mois plus tard, elles étaient aussi habile que nos Sikhs mais d'une autre manière, elle réussissaient à faire leurs comptes, bavarder avec le client, répondre à la copine d'à coté et tout cela avec le sourire.

Bon avoir de l'argent c'est bien, ce n'est que le début.

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